Cérémonie en mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc en présence des élus et de Monsieur Olivier Paccaud, sénateur de l’Oise et conseiller départemental du canton de Mouy.

Allocution de Monsieur le Maire,
Le 19 mars 1962, à midi, prend effet officiellement un cessez-le-feu qui met fin à huit ans de guerre en Algérie et à 132 ans de colonialisme français. La veille, le gouvernement français a cédé au gouvernement provisoire de la république algérienne ses pouvoirs sur l’Algérie et le Sahara. Un double référendum viendra bientôt conforter cette décision. Le 8 avril 1962, les Français de métropole approuvent à plus de 90% le choix du général de Gaulle. Le 1er juillet 1962, les Algériens se prononcent encore plus massivement pour l’indépendance de leur pays.

Pourtant, le cessez-le-feu du 19 mars est loin d’aboutir à un retour au calme immédiat. Les combats et les massacres se prolongent jusqu’au 3 juillet. Leurs principales victimes sont les Pieds-noirs et les harkis, touchés par les représailles du FLN et les luttes entre fractions du FLN pour le pouvoir, font également couler beaucoup de sang.
L’OAS (Organisation de l’Armée Secrète), créée en 1961 en réaction au “lâchage“ de l’Algérie par le général de Gaulle, multiplie les attentats aveugles après le cessez-le-feu.

Ces évènement vont créer un traumatisme durable encore vivace aujourd’hui. La vie politique française sera longtemps marquée par les séquelles de cette guerre non déclarée, qui a éclaté le 1er novembre 1954.

En commémorant le 19 mars nous honorons toutes les douleurs et nous reconnaissons toutes les souffrances liées à cette guerre. Nous n’oublions aucune des victimes : les 250 000 à 300 000 morts dans la population algérienne, ni les 25 000 morts français, ni les 65 000 blessés militaires ni les 2800 civils français tués du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962 et enfin les milliers de français et algériens enlevés et disparus après le cessez-le-feu, sans oublier non plus les victimes des attentats perpétrés par l’OAS.

Cette guerre s’est achevée “officiellement “ par la signature des Accords d’Evian, le 18 mars 1962. Environ 1,5 million de jeunes hommes français sont allés en Algérie. Les soldats du contingent français ont répondu présents avec courage et ont vécu douloureusement ces huit années de combat. Pour eux, la date du 19 mars 1962 est fondamentale. Elle est synonyme de la fin des épreuves, et des retrouvailles avec la famille, le retour au travail et à une vie civile tellement espérée !

Commémorer cette date, c’est aussi rendre hommage à toutes celles et tous ceux, brisés par le silence et l’oubli : rapatriés, harkis, anciens soldats du contingent, militaires professionnels, familles endeuillées. Souvent amers, parfois rongés par le silence et la culpabilité.
Nous pouvons le dire aujourd’hui : il n’existait pas de solution évidente, de solution acceptable par tous et pour tous en Algérie. Une situation inextricable qui rend si difficile l’exercice de recherche des responsabilités.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, si la France est à la table des vainqueurs, elle le doit beaucoup à ses colonies. Pour autant, elle ne saisit pas l’importance de répondre aux demandes de liberté pour s’adapter à un nouvel ordre mondial. Elle perdra en moins de vingt ans la plupart des territoires qu’elle contrôlait, avec des conflits extrêmement violents en Indochine puis en Algérie.
La France fût confrontée à un douloureux dilemme, tiraillée entre la revendication légitime de l’indépendance portée par de nombreux Algériens et le caractère insoutenable de cette solution due à un attachement profond, viscéral pour certains, à cette terre algérienne.

L’Algérie fût “la dernière page de l’histoire de l’empire colonial français“ et il faut savoir la refermer ensemble malgré les souffrances. Cela ne pourra se faire sans une exigence de vérité, une reconnaissance de toutes les douleurs et une réparation de toutes les injustices liées au silence et à l’indifférence. La colonisation n’est pas encore une séquence historique admise par tous. Qu’il y ait eu des crimes en Algérie, que la torture ait été pratiquée, plus personne ne peut en douter. Pourtant en France, il n’y a jamais eu de restitution publique de ce qui s’est passé durant cette période.

C’est surement ce qui contribue à faire de la fin de la guerre d’Algérie l’une des commémorations historiques en France les plus problématiques. Mais nous devons cesser de porter le poids de la culpabilité et du silence, pour permettre une transmission apaisée de cette douloureuse histoire.
Le défi des commémorations de la guerre d’Algérie est bien d’éviter une “communautarisation de cette mémoire”. Il nous faut réconcilier ces parcours individuels dans notre Histoire commune, nous permettant de nous projeter ensemble vers l’avenir.

La politique mémorielle menée ces vingt dernières années, nous la devons essentiellement aux anciens combattants de la Guerre d’Algérie, mais aussi aux nombreux historiens qui n’ont cessé de rechercher le vrai pour parvenir à panser cette blessure. Le drame qu’ont traversé les Harkis est ainsi aujourd’hui reconnu.

La multiplicité des victimes nous impose de refuser toutes formes d’instrumentalisation. La date du 19 mars n’efface aucune histoire, aucune douleur. Elle est empreinte du souvenir d’une guerre cruelle.
Elle rappelle aussi bien la douleur ressentie par les Français d’Algérie rapatriés, brisés par l’abandon de leurs terres et de leurs racines, que le lourd tribut payé par les harkis au terme de cette guerre.

La Guerre d’Algérie s’est pourtant bien achevée officiellement par la signature des Accords d’Evian. Les violences n’ont certes pas cessé après l’annonce de cette signature. Mais cette date qui symbolise l’exode pour certains et la naissance d’une nouvelle nation pour d’autres, doit rester la date du souvenir pour toutes les victimes, quelles qu’elles soient.

Nier cette date, c’est étouffer l’établissement d’une mémoire commune et donc de l’unité qui définie une nation.

Je finirai par ces mots prononcés par le Président de la République lors de la première commémoration nationale du 19 mars: “Alimenter la guerre des mémoires, c’est rester prisonnier du passé ; faire la paix des mémoires, c’est regarder l’avenir ».

Je vous remercie de votre attention et, en pensant à toutes les victimes civiles et militaires de ce conflit, je vous demande d’observer quelques instants de recueillement.

Le Maire de Mouy,
Philippe Mauger